Dans la salle d'attente, les regards s'attardent sur moi. Ronds, étonnés, curieux, inquiets, compatissants. Cela fait trois fois que la radiologue appelle mon nom et me fait revenir en salle d'examen. Dans la cabine, on me redemande de me déshabiller en me donnant pour toute explication cette phrase déjà entendue : Le médecin a besoin de vérifier quelque chose. J'aurais préféré la version : Le médecin a besoin de vérifier qu'il n'y a rien. La manipulatrice radio prend de nouveaux clichés sous un autre angle. Je retourne en salle d'attente et plonge immédiatement le nez dans une grille de sudoku force 6. Pas trop facile pour occuper l'esprit autrement que par la gamberge nocive, pas trop dure non plus pour ne pas se laisser gagner par l'impatience et l'envie d'arrêter de chercher. Lorsqu'on me rappelle une quatrième fois, je suis étonnamment zen. Ce n'est qu'une fois de retour dans la cabine, que la nudité me renvoie à ma vulnérabilité. Le froid me mord la peau. Après une nouvelle série de clichés, on m'invite à patienter pour une échographie complémentaire. Sur mon petit banc, je suis toujours aussi calme mais je cogite. Normal. Sans crise de panique pour autant. Je mesure les bienfaits de la sophrologie. J'ai une pensée pour les copines du "club de ce crabe" où les gagnantes sont celles qui ne font pas "maux comptent double". Encore moins "maux comptent triple". Allongée sur la table, je me décide enfin à poser les questions dérangeantes. Le médecin est une femme à la voix douce. Je la connais, elle est compétente. Je trouve le moyen de plaisanter à propos de mon pédigree foireux qui, au fil des années, me cause de plus en plus de soucis. Il y a une quinzaine de jours, un expert m'assénait que je ne pouvais plus travailler. Je gardais jusqu'alors un mince espoir, j'envisageais même de reprendre des études si nécessaire, d'entamer une formation pour une reconversion.

J'obtiens des réponses rassurantes. L'anomalie détectée est restée stable depuis la dernière fois. Un second avis est néanmoins demandé auprès d'un confrère. J'en serai informée dans quelques jours. Directement, chez moi. Je suis déjà en attente de l'avis du professeur consulté à l'hôpital la semaine dernière dans le cadre du suivi d'un cancer de la peau. Contrairement aux hypocondriaques qui en redemandent toujours davantage, j'aimerais tant en avoir fini avec tous ces examens invasifs ou non. Je souhaiterais tant prendre de la distance par rapport au monde médical. Si je n'y suis plus liée désormais professionnellement, je suis obligée de passer régulièrement par la case "hôpital". En gagnant mensuellement, l'équivalent d'un demi-salaire de smicard. Me voila dépendante aussi financièrement ! Mais, toujours bien vivante. Et ça, ça n'a pas de prix.

Je quitte le centre de sénologie, soulagée malgré l'imagerie toujours en dehors de la normale. Le vent et la pluie me font définitivement sortir de l'état de "tord-peur".  Une brûlure que je reconnais me mange soudain le visage. Le stress que je niais ressentir a fait surgir le masque de loup caractéristique de la maladie auto-immune qui vient compléter le tableau désastreux du vilain petit canard boîteux. Je passe un coup de fil à la clinique où je dois entrer le lendemain. La sentence tombe. La poussée de lupus présente des risques pour l'anesthésie générale. L'intervention, même bénigne, est décalée de trois semaines.

D'ici là, je vous fiche la paix. Non sans avoir promulgué auparavant ces quelques conseils : prenez soin de vous, faites bien vos bilans de santé comme préconisé ! Même si ça fait flipper, on a tout à y gagner.

Novembre rose

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