L'artiste peintre, personnage intuitif au regard perçant, se plait à dire "Je ne suis pas politiquement correct et je tiens à le rester !"  Un trait de caractère que nous partageons et c'est peut être la raison pour laquelle Bernard Bistes m'a consacré un peu de son temps pour parler de sa vie, de son château, de son oeuvre. Avant de m'inviter à aller visiter et photographier les jardins de sa propriété. Tout le temps de notre échange, son chat est resté allongé dans l'herbe à nos pieds. Peu de temps auparavant, l'animal me fuyait ou me toisait quand je m'approchais. Le maître m'ayant adoptée en prenant ma main dans la sienne et ponctuant ses phrases de quelques "ma chérie", le chat a fini par accepter ma présence.

(J'ai remarqué que les artistes possédaient souvent un chat, voire plusieurs. Je n'en ai pas. Cela fait-il de moi une artiste ratée ?)

20164152ksb

L'homme est disert. Les sempiternels jaloux de ceux qui réussissent et savent remplir une vie de leur passion diront qu'il s'agit d'un narcissique (tout artiste reconnu l'est ou le devient, non ?) qui profite de la visite payante du château pour vendre ses oeuvres et promouvoir la location de sa propriété pour des mariages ou séminaires. J'ai lu des critiques acerbes de visiteurs insatisfaits, de râleurs. Il en faut bien. La restauration de l'ancien bastion militaire est en partie financée par ces droits de visites et la vente de peintures, livres et autres articles de la boutique. Comme c'est souvent le cas ailleurs. Les détracteurs trouvent toujours un os à ronger. Ont-ils seulement la curiosité et la volonté de connaître le parcours extraordinaire du maître des lieux (lien BIOGRAPHIE) ?

Le château n'était plus qu'une ruine dont personne ne se souciait quand le père de Bernard Bistes en a fait l'acquisition en 1962 pour le prix d'une voiture. Il est depuis ce jour en restauration constante. Le peintre, ancien professeur de dessin, y consacre sa vie. Début des années 2000, il se bat pour que le monument ne soit pas vendu, pour que ce bout de patrimoine français ne passe pas dans les mains d'étrangers. Aujourd'hui encore, ne bénéficiant pas de subventions comme beaucoup (dont moi, avant de lui demander directement) peuvent le croire, le propriétaire cherchent des fonds pour refaire la toiture dont le coût s'élève à 70.000 euros. Je suis admirative de tout le travail accompli pour maintenir la forteresse debout. Si les derniers propriétaires du château dans lequel j'ai passé une bonne partie de mon enfance avaient eu la même volonté que celle de Bistes, je n'aurai pas le coeur serré en voyant aujourd'hui un tas de ruines dans lequel je ne retrouve plus aucun souvenir.

Durant notre entretien très instructif, Bistes m'a fait savoir qu'il avait permis à un ouvrier étranger qualifié travaillant sur son chantier de rénovation d'obtenir des papiers. Profitant de la venue de la préfète de l'époque pour l'apostropher au sujet des "sans papiers" travaillant au noir. Il est comme ça, Bernard Bistes. Dérangeant, direct. Il assume. On aime ou pas. Pour ma part, je garderai un bon souvenir de cette rencontre.

Mais si je reprenais par le tout début....?!

Nous sommes arrivés par une petite route sinueuse dans la campagne. Au milieu des vignes et des champs de tournesols. Le château de Mauriac nous est apparu à la sortie d'un virage.

20161150177ksb

La façade et le chemin de ronde restauré. Ce dernier avait été partiellement détruit par les catholiques lors des Guerres de religions au XVIe siècle, à cause de son propriétaire de l'époque, Bertrand de Rabastens, protestant.

20161150179ksb

Les murs gardent la fraicheur. Par endroits, leur épaisseur peut atteindre un mètre cinquante. La lumière parvient faiblement à pénétrer à travers les petites ouvertures.

20164144ksb

J'aurais bien pris place dans ce fauteuil pour y faire une sieste.

20164147ksb

Mon regard s'est attardé sur plusieurs peintures. Ce qui a fait dire à mon mari "Je n'en veux pas à la maison" .  D'où le titre ce billet consacré à Bistes, apprécié ou pas.  

20164129ksb

20164138ksb

En me tordant le cou, j'ai contemplé le plafond recouvert d'un immense herbier que Bistes a mis un an à peindre dans une des chambres.  En voici un morceau.

20164149ksb

Dans la chambre nuptiale, j'ai reconnu le visage de Marylène Bistes sur ce nu. Je croiserai l'épouse du peintre dans la cour du château un peu plus tard, accompagnée d'un de leur fils. C'est une belle femme.

20164145ksb

Avant de prendre congé, je prendrai cette dernière photo. En réalisant que je n'ai pas fait un seul portrait de Bernard Bistes. Je n'ai pas osé lui demander de poser. Alors qu'il attendait peut être que je lui propose.

20161150181ksb

Toutes les photos intérieures de cette série sont réalisées sans flash. Vous pouvez découvrir le château à travers le regard de Jean-Pierre et les photos qu'il a rapportées en cliquant sur ce lien